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Emile Pompe : de Nîmes à la Fédération française de la cordonnerie

Olivier Sébastien à la tête de l’enseigne nîmoise entend « dépoussiérer » l’image de la profession.

Cinq fois l’interview a été interrompue par des clientes, habituées de l’atelier. Pour chacune d’elle, le chef instaure une atmosphère de franche camaraderie agrémentée d’un sourire bienveillant. A 45 ans, Olivier Sébastien nous accueille dans son univers, 31 rue Emile Jamais, au milieu d’une centaine de chaussures et d’une machine à coudre de la première guerre mondiale. « Le banc de finissage et de ponçage est mon meilleur ami, des fois je parle à mes chaussures vous savez », le passionné n’a pas hésité à orner ses murs des nombreuses parutions presse et autres courriers de félicitation de monsieur le maire de Nîmes.

Olivier Sébastien mène sa barque, n’hésite pas à solliciter la presse. L’entrepreneur veille à sa e-réputation, manie les réseaux sociaux comme personne. Voilà 16 ans qu’il rafistole les chaussures de toutes sortes, cirage, teinture, semelle, rien ne lui résiste.  Le ‘gentleman cireur’ comme il aime se nommer apporte de la subtilité et de l’élégance à la profession. « Je n’ai pas choisi la cordonnerie, c’est la cordonnerie qui m’a choisi », précise le féru du travail manuel. Ici, on rend un service qui nécessite savoir-faire et temps. N’ayez surtout pas l’audace d’appeler cela un vieux métier, plutôt un métier « ancien », véritable rempart à la consommation effrénée qui caractérise notre société.

 « Il faut aussi que les cordonniers se remettent en question. On doit être unis, sinon le métier partira à sa perte », craint-il. Il n’hésite alors pas à réparer les chaussures d’un confrère malade parmi les 16 cordonniers à Nîmes. Surtout, il porte la casquette d’élu au sein de la Chambre des métiers et de l’artisanat du Gard. « Xavier Perret (président de la CMA30, ndlr) m’a encouragé, c’était un plaisir, il s’était filmé pour vanter les mérites de la profession », se réjouit-il. Pourquoi donc ne pas acheter ensemble ? « Si l’on avait un syndicat gardois, on aurait pu mutualiser les achats pour baisser les coûts par exemple », pointe-t-il. Ou multiplier les opérations pour revaloriser la branche d’activité.

L’enseigne Emile Pompe ravit ses clients depuis 16 ans. Photo : DR

Également membre de l’organisation professionnelle U2P Gard, il entend porter la voix de ces artisans, des plombiers, bouchers et électriciens pour ne citer qu’eux. Il se souvient d’une anecdote quelque peu démoralisante à l’ouverture de son compte bancaire : « on m’avait presque rigolé au nez, me demandant si les cordonniers existaient encore…» Plus que jamais, monsieur.

« Tout part d’une boutade »

C’est un simple commentaire sur la toile, une plaisanterie anodine qui lui vaudra l’appel de la Fédération française de la cordonnerie-multiservice. Il deviendra une semaine après le premier référent gardois. La mission ? Encourager les cordonniers à inciter leur clientèle à apporter les chaussures d’hiver à réparer en été, ceci afin d’étaler l’activité. 43 cordonniers étaient concernés dans le Gard. « C’était une super expérience, tout le monde a joué le jeu » se réjouit-il. L’entrepreneur se retrouve alors dans un tourbillon médiatique, sur les ondes des radios de France. « J’étais à l’atelier à 6h pour travailler, puis je partais à 7h en interview », détaille-t-il.

A Emile Pompe, vos chaussures gagnent quelques cm.

Basket et fast fashion

« Nîmes était la ville de la chaussure dans les années 60, avec environ 55 cordonniers et un tas d’usines. L’industrie a pris un coup avec l’arrivée de la basket », rembobine l’entrepreneur. Les cordonniers n’ont d’autres choix que de se diversifier dans la production de clefs. Il dresse un constat redoutable, les femmes par exemple préfèreront acheter une vingtaine de chaussures de modèles différents qui tiendront peu de temps plutôt que trois paires plus onéreuses mais de qualité inégalable. « C’est la fast fashion et l’industrie qui crée sans cesse de nouvelles envies », juge-t-il.

Après avoir fait un apprentissage dans un local en 1996, rue Fresque à Nîmes, Olivier Sébastien se redirige vers le métier de DJ pendant une dizaine d’années. Il atterrira par la suite dans son local actuel où il reprendra une affaire en cessation de paiement. « J’ai pris beaucoup de risques, mais il le fallait », précise-t-il. Formé par son mentor d’alors, un « vieux Sicilien parti faire sa retraite à Palerme depuis », Olivier Sébastien se perfectionne chaque jour un peu plus.

« Si un détail me dérange, je reprends tout »

Ici, tous les travaux sont faits à la main. Comptez 20 minutes jusqu’à 2h de temps selon la chaussure. Depuis deux ans environ, les clients viennent en nombre pour l’application de semelles anti-dérapantes afin de mieux déambuler en ville. « Il faut gagner sa vie certes, mais surtout satisfaire le client, le sourire est le meilleur des paiements », conclut-il. Ses clients lui rendent bien, Olivier Sébastien est couvert de cadeaux pour Noël ou son anniversaire. A bon entendeur. 

Linda Mansouri 

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