Salim El Jihad : des quartiers populaires à l’ONU

Article et photo : Linda Mansouri

Avec son association ‘Ensemble’, le Nîmois de 27 ans multiplie les actions en faveur des populations isolées.

Une détermination qui puise sa force dans les méandres de son parcours. Coordinateur social de profession, le jeune homme a connu la maladie, les échecs successifs et la désillusion. Il se met aujourd’hui au service de l’égalité républicaine. Les rendez-vous avec les élus municipaux et départementaux se multiplient avec pour objectif le développement professionnel et social des 18-30 ans de sa ville. Un engagement qui l’a conduit tout droit au siège des Nations Unies à Genève.

Action culturelle autour du théâtre, distribution alimentaire pendant le Covid, médiation, groupe de parole, club de boxe avec sessions ‘socio-sport’, atelier d’insertion professionnelle, l’éventail d’actions est large. Pour chaque histoire, il pose un diagnostic et réoriente les jeunes adultes des QPV (Quartier prioritaire de la ville) au cœur d’un écosystème de partenaires institutionnels et associatifs. Objectif ? Permettre à ces âmes de s’accomplir. « Je veux être utile », explique celui qui s’enrichit des autres.

Une première cassure à 6 ans. Salim El Jihad commence sa vie dans l’austérité des salles d’opération avec des convalescences en fauteuil roulant. L’hôpital le soustrait impitoyablement à la vie sociale jusqu’à 12 ans en raison d’une maladie du bassin. Arrivé au collège, une seule envie : rattraper le temps. « Je veux m’amuser, pas apprendre », se souvient le jeune homme originaire du quartier Route de Beaucaire.

Les premiers échecs scolaires l’écorchent. Il redouble plusieurs fois, vagabonde de lycée en lycée et goûte à la turbulence. « Au fond, j’avais envie de réussir. Quand je récupérais ma feuille, je voulais tellement avoir un 15 », se rappelle-t-il. C’est donc en bas des ‘tours’ que Salim se sent appartenir à un groupe. « On a besoin de se sentir réussir, je ne trouvais pas ma réussite scolaire donc j’ai trainé au quartier », explique-t-il.

Salim se complait alors dans cette bulle de sécurité au cœur de Nîmes Est. La première réponse à sa quête d’identité ? Une formation d’agent de sécurité. « Je me disais que finalement je n’étais pas doué, que ma seule qualité était mon physique imposant. Et pour la première fois, je me sentais capable », décrit-il. A 18 ans, malgré de bons résultats, sa maladie le rattrape.

« Le tournant de ma vie : Sarcelles »

Direction Sarcelles en Île-de-France, Salim est formé au métier d’animateur social. A 20 ans, il doit quitter son cocon nîmois, sa famille, ses amis, pour traverser la France et tout reconstruire. « C’est le tournant de ma vie. Le fait d’être propulsé d’un coup, de sortir de ma zone de confort, ça m’a fait un bien fou. Je ne sais pas comment j’aurais fini sinon… », se confie-t-il. Il enchaine les stages dans des maisons de retraite, auprès de personnes handicapées, de familles et de jeunes. Surtout, il gagne en maturité. Il pose des mots sur l’essence de sa personnalité, apprend la conception de projet et le travail social. Il est temps de rentrer.

« C’est rentré dans ma tête, ça ne voulait plus en ressortir »

La « formation interne » est en réalité loin d’être aboutie. De retour à Nîmes, une grosse phase d’introspection et de doutes s’installe. Avec 500 euros en poche par mois octroyés auprès de la Mission locale, il tente de se « reconstruire ». Un ami lui proposera brut de décoffrage : « Tu fais que parler d’une association, arrête de déprimer et lance-toi ! ».

« C’est entré dans ma tête, ça ne voulait plus en ressortir. Je voulais créer ma propre structure sociale », se rappelle-t-il. Salim trouve un trésorier, pose les statuts, écume les banques. « Je suis bon quand je suis entouré, je puise ma force dans le groupe. Quand j’ai du monde autour de moi, je déborde d’énergie », explique-t-il. L’association ‘Ensemble’ vient de naitre.

Première mission, le grand bain

 « J’ai vu de mes yeux cette délinquance, mais aussi cette niaque de s’en sortir. On a grandi de la même façon, ils me connaissent et me font confiance », explique celui qui retrouve alors les lycéens qu’il a côtoyés par le passé. La première mission de l’association consiste à trouver une solution pour « pallier le sentiment d’insécurité » sur la route de Beaucaire. A 23 ans, Salim El Jihad se retrouve au cœur d’un Groupe de proposition opérationnel.

Autour de la table et dans un lieu neutre, un major de la police nationale, un cadre de la police municipale, l’adjoint à la Sécurité et d’autres acteurs locaux. « C’était une grosse prise de risque pour moi et une immense responsabilité. Les jeunes des quartiers sont pour certains absolument hermétiques aux politiques et aux forces de l’ordre. Il faut utiliser les bons mots pour ne pas passer pour une ‘balance’. Dans le même temps, il fallait proposer des solutions adaptées et éviter toute escalade de violence ou de répression. J’étais vraiment dans la médiation, pour que chacun quitte cette réunion satisfait », explique-t-il.

Suivront une ribambelle d’actions de médiation, d’insertion et culturelles. Salim porte la voix des populations, appuie la demande pour obtenir un local d’accueil pour les jeunes ou un city stade aux Oliviers.

L’équipe des bénéficiaires et bénévoles au cœur d’une galerie d’art. Crédit photo : Ensemble

« Je veux être utile »

Vient la crise. Une équipe de terrain vadrouille pendant qu’une autre reçoit des appels téléphoniques dans « un pôle d’opérateurs ». Les jeunes aident à faire les courses et vont plus loin. « On faisait du social, on parlait avec les personnes isolées, on prenait de leurs nouvelles », liste Salim. Suivront l’interview d’un chercheur en bactériologie, des ateliers de théâtre d’improvisation, du coaching pour la réinsertion. « Chacune des actions répond à un besoin défini », explique le coordinateur pour qui cette association demeure l’activité principale. « J’ai fait beaucoup de sacrifices. Je m’y consacre entièrement depuis maintenant quatre ans », précise-t-il.

Un projet phare lancé en 2021 : ‘Manager de rue’. Salim et son équipe déploient des médiateurs dans les QPV, pour rencontrer les jeunes dans leur quartier et leur proposer un accompagnement directement dans sa structure, rue Sully. Avec son bureau, il travaille en collaboration avec une pléiade de structures. La Mission locale, Pôle emploi, l’Acegaa, Ufolep, les Compagnons du devoir, les comités de quartier, la Croix Rouge ou le Samu social pour ne citer qu’eux.

Un club de boxe a été crée pour véhiculer les valeurs du sport tout en sensibilisant les jeunes. Crédit photo : Ensemble.

Pour perdurer, Salim en appelle au « contrat Politique de la ville et au FIPD (Fond interministériel prévention de la délinquance) », des collectivités via les demandes de subvention. « On arrive à un moment où on doit stabiliser l’activité, mettre en place des contrats salariés si on veut ensemble réussir ce dur combat. Pour cela, nous avons besoin d’un soutien financier pérenne, qui ne varie pas d’une année à l’autre », appelle-t-il de ses vœux. 

Accréditation à l’ONU

Au gré des subventions de l’Etat, du Conseil départemental du Gard et de la Ville de Nîmes, la structure constituera son budget. « Le premier achat je me souviens, c’était un ordinateur portable pour travailler », précise Salim. Autre victoire, le lieu d’accueil mixte. L’association ‘Ensemble’ dispose de 80 m² rue Sully, pour y accueillir du public et concevoir les prochaines actions.

Au local, des couleurs vives viennent d’orner le mur. Un sticker avec la charte de l’ONU concrétise un long parcours d’abnégation. Il y a un an, Salim El Jihad rencontrait l’ONG ‘Campus Watch’ agréée par l’ONU est spécialisée dans les actions contre les violences scolaires et les cyberviolences. Un partenariat a conduit à l’accréditation de Salim en tant que « Représentant de la société civile auprès des Nations Unies à Vienne ». Objectif ? Collecter des données et déployer de nouvelles actions sur le terrain.

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